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mercredi 26 janvier 2011

-My Fair Lady-, le triomphe continue

Pour beaucoup, My Fair Lady (1956), de Frederick Loewe et Alan Jay Lerner, que présente le Théatre du Chatelet, est "la comédie musicale parfaite". C'est du moins celle qui, en son temps, a remporté le plus colossal et durable succès, restant à l'affiche à Broadway pendant six ans et demi, pour 2 717 représentations. Le film de George Cukor (Vincente Minnelli avait été contacté mais avait demandé un cachet pharaonique), avec Audrey Hepburn, sorti en 1964, rendra planétaire ce succès anglo-saxon.
Pourtant, la musique de Loewe est loin d'être "d'un grand raffinement", peut-on lire dans l'introduction du programme, au Chatelet (par ailleurs exemplaire dossier documentaire). Elle suinte le flonflon malté (Loewe, allemand de parents autrichiens, avait émigré aux Etats-Unis en 1925) et manque de singularité et de finesse mélodique et harmonique. D'ailleurs, le tube principal de la partition, I Could Have Danced All Night, est une parodie à peine dissimulée de Fascination, la rengaine valsée de Dante Pilade Marchetti et Maurice de Féraudy.
Mais la qualité et la force d'une musique ne dépendent pas de sa singularité, et, dans le domaine de la comédie musicale comme dans celui de la musique classique, les similarités, emprunts, vols et parodies sont légion, surtout chez les grands compositeurs (Bernstein se souviendra d'ailleurs de My Fair Lady dans certains passages de West Side Story).
Les textes d'Alan Jay Lerner conduiraient même à des réserves si l'on en croit le compositeur et parolier Stephen Sondheim, qui, dans son ouvrage Finishing the Hat (Knopf, 2010, non traduit en fran?ais), passe en revue quelques-uns de ses confrères avec un sens critique aussi aigu que carnassier. Il blame Lerner pour certains relachements de langue - le comble dans un ouvrage qui a pour sujet la correction linguistique - et, surtout, pour son "manque de personnalité".
Reste la pièce originale dont s'inspire My Fair Lady, le Pygmalion (1914), de George Bernard Shaw, qui est une splendeur de muflerie et d'acidité sur la Vieille Angleterre d'"en haut" et d'"en bas". Pour garantir un happy ending, dans la version pour Broadway, le célibataire endurci finit par craquer pour sa Fair Lady ("bonne dame"), au contraire de la pièce, qui le voit retrouver son célibat originel.
Un luxe rare
La production de Robert Carsen est d'un luxe rare pour une comédie musicale classique, mais ce sont sa tonicité, sa gaieté et son ingéniosité qui frappent le mieux. Carsen et son excellent décorateur, Tim Hatley, ont su préserver les délices du suranné dans un cadre Art déco hellénisant : le public populaire et familial, nombreux en fin de semaine, et les curieux plus habitués au genre lyrique classique "chic" y trouveront égal plaisir.
Cependant, on se demande pourquoi la scène des courses à Ascot se tient devant un rideau un peu incongru qui semble masquer on ne sait quoi. Il vaut mieux en ce cas oublier la même scène filmée magistralement par Cukor.
Sans vedettes connues en France, la distribution casse la baraque. Il faut oublier la grace mutine d'Audrey Hepburn en Eliza Doolittle pour go?ter le jeu plus "nature" de Sarah Gabriel, aussi bonne actrice que chanteuse. Mais Alex Jennings égale, sans le parodier, Rex Harrison en Higgins. Le baryton d'opéra Donald Maxwell est truculent à souhait en Doolittle père et joue comme un pro du théatre. En Mme Higgins mère, Margaret Tyzack est à hurler de rire, et Ed Lyon, vu dans des spectacles de musique baroque des Arts florissants, est parfait en Freddy, le jeune premier. En fosse, l'Orchestre Pasdeloup swingue et s'amuse sous la direction s?re de Kevin Farrell. Au Chatelet, il y a un an, ils avaient déjà fait des merveilles dans The Sound of Music.

My Fair Lady de Frederick Loewe et Alan Jay Lerner. Théatre du Chatelet, 2, rue Edouard-Colonne, Paris 1er. Mo : Chatelet. Tél. : 01-40-28-28-40. Le 11 décembre. Jusqu'au 2 janvier. De 20 € à 111,50 €. Tél. : 01-40-28-28-40.

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